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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:13

Inventaire de meubles

Au château d’Issou (1765)

Par M. Graves,

Membre de la commission

 

 

A 6 kilomètres de Mantes, dans le canton de Limay, à proximité de la route de Meulan, d’où on l’aperçoit blanchissant en plein soleil au bout d’une immense pelouse délicieusement encadrée de beaux arbres, se trouve le château d’Issou, jolie construction du XVIIIe siècle, située en terrasse au milieu d’un des plus beaux parcs de la région. Aujourd’hui propriété de M. le comte de Jean, il appartenait vers 1750, au dis de Bouillon ; on lira tout à l’heure la liste très longue de ses titres.

Par suite de circonstances qui ne sont pas connues, le grand seigneur avait vendu, avant 1764, son château d’Issou, tout voisin de son autre château de Montalet, aujourd’hui détruit, au comte de Mathan. En 1765, il avait cédé en outre, par un acte séparé, moyennant 40 000 Livres, tout le mobilier du château à la comtesse de Mathan.

Voici,  d’ailleurs, le préambule de cet acte très considérable et très important qui fait partie du chartrier d’Issou, et dont M. le comte de Jean, nous a gracieusement permis d’extraire un grand nombre de précieux renseignements sur le mobilier d’un château de cette époque.

 

« Par-devant les conseillers du Roy, Notaires au Châtelet de Paris, soussignés, furent présents, très haut, très puissant et très illustre prince, Monseigneur Charles Godefroy de la Tour d’Auvergne, par la grâce de Dieu, souverain de Bouillon, vicomte de Turenne, duc d’Albret et de Château-Thierry, comte d’Auvergne d’Evreux et du Bas-Armagnac, baron de la Tour Olierrgues, Moringue et Montgaçon, seigneur de Créquy, Wembercourt et autres lieux, Pair et grand Chambellan de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy du Haut et Bas païs d’Auvergne, demeurant à Paris, en son hôtel, quay Malaquais, paroisse Saint-Sulpice, d’une part, et Haute et puissante Dame Anne du Cluzel de la Chabrerie, épouse de Haut et puissant seigneur, Anne Louis, Comte de Mathan, Chevalier seigneur de Longvilliers, Trousseauville et autres lieux, lieutenant pour le Roy au gouvernement des villes et château de Caen, capitaine au régiment des gardes françaises et brigadier des armées du Roy, à ce présent, demeurant à Paris, rue Neuve des Capucines, paroisse de la Madeleine de la Ville-l’Evêque, la dite Dame Comtesse de Mathan, dûment autorisée dudit seigneur son mary, à l’effet des présentes, d’autre part. »

Le comte de Mathan, avait épousé Anne Ducluzel de la Chabrerie, en 1748. Elle était la fille d’un fermier général, et ce fut justement son père qui paya au Duc de Bouillon les 40 000 Livres montant de l’inventaire du mobilier.

Quant au Duc de Bouillon, il avait succédé, en 1754, au prince de Tingry, des Montmorency-Luxembourg, comme gouverneur de Mantes.

L’inventaire des meubles cédés à la comtesse de Mathan avait été dressé au mois de mai 1764 ; l’acte n’avait été régularisé qu’en 1765. celui qui en avait préparé les éléments était sans aucuns doute, un connaisseur émérite, car nous allons devoir à ses connaissances très sûres, plus d’un renseignement précieux, non pas tant sur le mobilier lui-même que sur les faïences et porcelaines de toutes sortes qui garnissaient en si grand nombre les diverses pièces du château d’Issou.

L’inventaire débute par l’office sous le colombier :

 

  • Au milieu des tables et des chaises se trouvait une fontaine « en jarre* », garnie de cordes avec un petit baquet dessous, un moulin à café accompagné d’un grand et moyen poêlon à queue pour griller le café, de quatre cafetières grandes et moyennes, deux théières en cuivre rouge, il y avait aussi un gaufrier et ce qui en dépend en bois. Dans les armoires et bas d’armoires, étaient rangées toute sorte de faïences commune, honnête et même de la porcelaine ; D’abord la faïence commune de Rouen, à faire rêver, bien que commune, le collectionneur le plus placide et le plus maître de lui : vingt-quatre plats creux et ronds de différente grandeur, vingt-quatre douzaines d’assiettes, quatre compotiers, deux saladiers etc. Notre expert ne connaît pas la faïence de Rouen, et il en énumère d’autre dont il nous fait connaître la provenance. Voici surtout la faïence de Sceaux trente-six plats creux longs et ronds, vingt-quatre douzaines d’assiettes creuses ou moins creuses, deux saladiers, deux saucières, deux sceaux à vin, deux huiliers. C’est là la faïence utile, quoique certainement décorée. Voici celle de fantaisie qui sert de surtout et d’ornement de table : En service de légumes de même faïence de Sceaux : Deux meulons, deux romaines, quatre gros choux, deux laitues vertes, deux laitues blanches, six artichauts, quatre bottes d’asperges, huit plats pour le service de ces légumes, quatre compotiers de fruits rassemblés, quatre pommes, quatre poires, quatre bigarades, quatre corbeilles à fruits rondes et longues, quatre brocs, deux sucriers en porcelaine de Chantilly, quatre sceaux à rafraîchir, de même porcelaine, des tasses à glaces avec leurs plateaux. N’est ce pas là, en effet, l’appréciation d’un fin connaisseur ? Il a bien soin de séparer les faïences de Sceaux de la porcelaine de Chantilly et la spécification devient ainsi très précieuse. Les pièces de pur ornement inventoriées sont aujourd’hui difficiles à classer, on les attribue à Moustier, à Marseille, à Delft, ou encore à d’autres fabriques ; Rouen, même s’est essayé dans ce genre. C’est la première fois, il nous semble, que Sceaux est indiqué, et d’une façon précise, dans un document contemporain, pour avoir fait cette sorte de faïence. Cela seul justifierait l’intérêt de l’inventaire que nous analysons.
  • Dans un passage : se trouve une armoire de chêne à deux battants, dedans, se trouvent comme au rebut différents animaux écornés en faïence de Sceaux. Encore une indication à retenir. Les porcelaines ne sont ni moins diverses, ni moins nombreuses. En porcelaine de la Chine, de Saxe, ou autre : quarante-huit assiettes, une jatte en compotier, deux plats à potage, une terrine avec son plat rond, dix-huit plats longs de différentes grandeurs, deux saucières, six pots-pourris de différentes formes, douze tasses à café avec leurs soucoupes, deux pots à sucre, deux théières, trois pots à lait de terre d’Angleterre, deux sucriers avec leur plat, une jatte à lait, deux gobelets de porcelaine, dix grandes et petites tasses de cristal, deux moutardiers de porcelaine, une planche garnie de toutes sortes de carafes etc. En porcelaine de Sceaux à fleurs : cinquante assiettes, une terrine longue avec son plat, deux plats à oreilles avec leur plateau, trente plats long et ronds de différentes grandeurs, quatre compotiers ovales, huit compotiers à coquilles et ronds, deux saladiers, deux pots à beurre, six coquetiers, deux réchauds à esprit de vin, etc. en tout, 108 pièces.
  • Dans un petit cabinet : deux petits coins de bois d’Amarante, garnis de flacons de cristal, de petites figures de chien de porcelaine.
  •  Dans une chambre : une chienne de porcelaine de Saxe, un pot à l’eau et une cuvette du pont aux choux, celle-ci, sortait de la fabrique de Louis Honoré de Lamare de Villars, établi rue Amelot.
  • Dans une chambre : un plateau de porcelaine de Chine à servir le café.
  • Dans une autre : Une caisse de glaces remplie de petites bouteilles d’odeur, de deux petits magots de porcelaine.
  • Ailleurs : Un pot à lait couvert avec son assiette, une encoignure en bois blanchi est garnie d’un pot à bouillon, de deux gobelets avec leurs soucoupes, d’une jatte de porcelaine, d’un pot à l’eau et encore d’une jatte du pont aux choux*

Voilà un inventaire de près de 1000 pièces de faïences ou de porcelaines qui se vendraient certainement aujourd’hui plus de 10 000 francs, soit le quart de la prisée d’alors. L’inventaire n’est pas moins précieux au point de vue du mobilier, et, au point de vue de la curiosité, nous n’avons que l’embarras du choix :

  • Une chambre :un lit à la Polonaise.
  • Une autre : Un lit en tombeau, la garniture est e, Siamoise de la porte ou bien comprend des bonnes grâces.
  • La salle à manger : Ornée de deux bustes de marbre de Rapport d’une urne de marbre sans couvercle, deux médaillons de marbre blanc.
  • Le salon de compagnie : Parqueté, à une cheminée de marbre commun, trois glaces en mauvais état, un petit lit pour les chiens, quatre cabriolets de canne et trois mellieux en bois uni garnis de tapisserie, un jeu de biribi avec ses tableaux et ses jetons d’ivoire, ses ceuillières, ses râteaux de bois et corbeilles d’osier sans fiches. Une table à quarille, deux tables à jeu de piquet, deux tables de trille, une table de brelan à cinq couvertes, tant bonnes que mauvaises, et un jeu de Trou-Madame.
  • Parmi les étoffes nous remarquons : Un grand fauteuil garni de tapisserie des Gobelins , une tapisserie en vieil damas de Caux, des rideaux de fenêtres en Siamoise, une tapisserie en vieille satinade et damas de Caux, une tapisserie de Camelot cramoisie*, une tapisserie en Pékin à fleurs de soie à fond jaune, des carreaux de bassin, des coussins de péne encadrée, des soies des Indes, des Siamoises de Rouen, flambées vertes et blanches.
  • Une chambre : Tapissée en papier d’Indes, un poudrier rempli de têtes à perruque,
  • Le pressoir : Deux pintes d’étain, l’une mesure de Gany, l’autre mesure de Mantes.

Ainsi qu’on le voit, comme tous les inventaires anciens un peu détaillés, celui du château d’Issou présente un intérêt véritable, tant au point de vue du mobilier que des objets communs, lors de la vente, mais qui seraient devenus, s’ils existaient encore, ce que nous appelons des objets de curiosité. Il est regrettable que la prisée ait été fait en bloc et que chaque article n’ait pas été estimé à part. Il n’est pas douteux, cependant, que les 40 000 Livres de l’estimation seraient de beaucoup dépassées, si ce mobilier princier pouvait aujourd’hui, devant une armée de collectionneurs, passer tout entier sous le marteau d’un commissaire priseur. Quel aubaine pour celui-ci, mais quelle fièvre pour ceux-là !

 

Mantes le 25 avril 1899.

 

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