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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 20:26

Plus le temps passait, plus je devenais extatique et ma course frénétique à la recherche de morceaux de plaques de verre devenait une priorité importante.

 

Je n'entendais plus rien autour de moi, même pas Julien qui me disait qu’il serait bien que je ne reste pas trop longtemps à la même place, car il trouvait que le plancher voûtait dangereusement sous mes pieds.

 

Ce n’est qu’au bout d’un moment que je revins à la réalité. Lorsque je me redressai et fis demi-tour, mes pas traversaient d’un coup le sol. Je me retrouvai coincé par les hanches, la moitié du corps dans les combles et l’autre dans le vide. Je mis un moment avant de réaliser pleinement ce qui était en train de se passer. Quelques fragments de secondes dans un silence qui me parut une éternité, sans un bruit, sans un mouvement, le temps était comme suspendu, tout comme moi d’ailleurs. Julien avait bondit en arrière et ne voyait que mes jambes sans mouvements dans le vide. Lui-même mit un bon moment avant de me demander si j’allais bien, d’un coup le silence laissa place à un fou-rire, qui laissa place à une grande interrogation. Comment j’allais bien pouvoir faire pour m’extirper de cette situation qui aurait pu paraître comique si seulement un vide de plusieurs mètres ne me séparait pas du plancher suivant ? Car comble de bonheur, juste sous moi, il y avait une cage d’escalier, ce qui augmentait nettement la distance. Me voilà piégé sur deux étages.

 

Après avoir repris mes esprits et remarqué une cuisante douleur sur le côté droit, je me rendis vite compte que j’étais totalement coincé, et les moqueries de Julien ne me rendaient pas forcément de meilleure humeur, mais dédramatisait la situation.

 

J’essayai de me décoincer comme je le pouvais mais la douleur sur mon côté droit était toujours plus brûlante à mesure que j’essayais de remonter. En regardant en dessous de moi, je constatai la cage d’escalier et je vis ce qui pouvait bien me permettre de descendre : la rampe. Avec une extrême précaution, je me glissai pour que la pointe de mes pieds touche la rambarde et là manque de chance j’étais trop petit, alors à bout de bras, je forçai, et finalement mes pieds se posèrent dessus.

 

Me voilà debout en équilibre sur une rambarde pas plus large que 3 centimètres car les vandales avaient emporté le bois. J’étais donc debout sur le fer qui servait à fixer la main courante.

 

Finalement, plus de peur que de mal, j’avais réussi à sortir du piège, avec pour seule blessure une longue entaille sur le flanc, due au lattis de noyer servant à fixer le plâtre entre les solives.

 

Une fois arrivé en bas, je compris mon erreur, pris par l’excitation de mes trouvailles, je n’avais pas fait attention que je ne marchais plus sur les solives mais entre les poutres, donc dans le vide.

 

Content de ne pas avoir lâché mes 3 morceaux de verre dans ma chute, je les montrais à Julien qui se moqua de moi de plus belle, en me disant : « Tout ce risque pour deux bouts de verre pas plus gros que ça ! ». Mais moi, je savais bien que ces petits morceaux valaient bien plus que ça.

 

Il ne me restait plus qu’à savoir ce qu’ils allaient me réserver comme surprise, mais pour ça, il fallait que j’attende de rentrer chez mes parents où mon labo photo m’attendait. Pour l’heure, il me fallait remonter là-haut pour voir le reste des petites choses qui pouvaient bien se cacher.

 

En fouinant, je vis une pile de cartons, tout plat, je m’approchai doucement cette fois-ci et découvris qu’il s’agissait de cartons de déménagement de l’entreprise Durant. Bon, je ne savais même pas qu’ils étaient venus par ici mais ce n’est pas grave. Je continuai et les déplaçai lorsque je vis une petite boîte noire, visiblement en carton. Les angles étaient aplatis mais la boîte était, elle, entière. Je la pris et remarquai que c’était une boîte de plaques de verre, bien sûr vide, et ce n’était que la partie du bas. Mais quelle surprise lorsque je vis une étiquette collée dessus avec l’écriture de Mr Chaperon disant : « Marie à la gare d’Epône ». Quelle joie, j’étais vraiment heureux de voir que malgré le temps passé ici l’étiquette était intacte. Juste à côté, je trouvai d’autres couvercles de boîtes et des boîtes de dragées de baptême dont les personnages en noir et blanc évoquent un temps passé. (Hélas, plus tard, après les avoir montrés à Nadège, elle réussit comme à son habitude, charmeuse et jouant de ses cils, à me demander de les prendre en photo, ce que j’acceptai forcement moi-même ravi de lui faire plaisir) …Tout content de mes trouvailles et la journée se terminant, je rentrai chez moi les poches pleines, au grand désespoir de ma mère.

 

Le lendemain matin, dans mon labo photo, munis de mes bouts de verres, je les place dans l’agrandisseur à crémaillère, j’allume et là le choc ! Je voyais devant moi une partie du garage à carrosses et la fameuse fenêtre dont les montants forment un X. L’autre bout de verre représentait Paris pour l’exposition de 1900, très joli détail. Enfin le dernier, représentait des escaliers en pierre. J’étais très content, mais un peu déçu de ne jamais avoir trouvé la suite qui représentait le garage.

 

A la suite de ma petite chute, je retourne une fois de plus vers les combles. Je remarque une grande fissure sur le mur de gauche, juste avant de monter les escaliers. L’eau de pluie, avait sans doute longtemps coulé par là, et avec le temps le plâtre avait fissuré. Mais je constate que la fissure est enflée, comme un petit ventre, je m’approche et touche le plâtre. D’un coup la partie du mur s’écroule, laissant devant moi un monticule de gravats et de poussière. Je prends ma lampe et regarde à travers ce trou. Quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’en réalité ce mur était une sous-pente habillée de plâtre. Bien entendu le sommet donnait dans les combles directement, en éclairant, je remarque que ma lampe faisait des reflets sur quelque chose. A ce moment là, j’étais accompagné d’un ami qui compte beaucoup pour moi, Jean Baptiste Martin, jeune artiste peintre, restaurateur de papiers anciens, qui m’accompagna dans de nombreuses aventures que nous verrons très bientôt ici-même.

 

Je me penche donc en avant, JB tient ma lampe, j’enfonce le bras dans ce trou béant, et je commence à chercher du bout des doigts sans même voir ce que je pouvais toucher. Quelques instants plus tard, je ressors, une, puis deux, puis trois bouteilles de verre ; la première scellée avec du plâtre, contenant un liquide transparent, la seconde totalement fumée contenant une espèce de poudre noir charbon avec des reflets or, enfin la troisième violette, avec toujours une poudre irisée.

 

J’inspecte les bouteilles, assez grandes, je dirais d’un litre, toutes avec les mêmes bouchons de verre aplatis sur le dessus, permettant une bonne prise en main.

 

Sur la plus petite des trois, rien d’inscrit, la seconde une gravure sur le verre laissait lire « noir or », je compris donc que c’était sans doute des pigments de l’atelier de peinture.

 

Mais que pouvait donc contenir la dernière, que je me décidais à donner à JB. Nous avions beau la tourner dans tous les sens, rien n’indiquait son contenu, nous décidions donc de l’ouvrir, nous passions chacun son tour le goulot sous notre nez, aucune odeur.

 

JB emporta la bouteille chez lui, c’est quelques jours après, que je sus ce qu’était ce liquide. Il confia la bouteille à son père, qui avait des notions de chimie. Le résultat tomba comme un couperet : c’était en fait de l’acide. Heureusement que nous n’en avions pas mis sur nous ou pire …

 

Quand je pense que nous avions respiré ce contenu, les choses auraient pu bien mal tourner. Il est vrai que Mr Chaperon avait un labo de chimie, nous n’en avions pas du tout fait le rapprochement à ce moment-là. Il nous était arrivé de nombreuses fois de retrouver ici et là des fragments des pots du labo. De petits pots de verre avec un couvercle à vis en métal, le corps du pot orné d’une très belle étiquette crème avec des contours à l’encre de chine noir, englobant de belles arabesques dorées, et en plein centre le contenu du pot toujours écrit avec la même magnifique écriture à l’encre de chine noir, certainement écrit à la plume aux vues des déliés.

 

Je pense qu’il devait y en avoir de toutes les tailles car les couvercles qui ont été retrouvés n’avaient eux pas tous la même taille. Cela dit, la majorité devait faire plus ou moins 5 cm de circonférence, je ne saurais dire en quelle matière étaient ces couvercles, zinc, simple fer, je ne sais pas trop.

 

Je me souviens de certaines dénominations mais celle qui me fit le plus sourire est cochenilles. Qu’est ce qu’on peut bien faire de ça ? Bien sûr, c’est bien connu, on peut en faire un pigment rouge (notamment utilisé pour le chewing-gum type malabar fraise) mais c’est aussi un grand ennemi des jardiniers. Je sais aussi que Mr faisait aussi sa propre cire d’abeille, pour en avoir retrouvé également, elle sentait encore malgré toutes les années passées.

 

J’ai aussi trouvé un objet dont, je ne connais pas le nom, peut-être que parmi vous, quelqu’un sait comment ça s’appelle, le fait est que moi, non. Il s’agit de ce que l’on met à l’extrémité des tringles à rideaux, avec souvent une forme particulière. J’en ai trouvé une, mais d’une taille assez impressionnante en bois violet, sans doute du palissandre, composée de plusieurs rangées de cylindres empilés de tailles différentes. Il y a de fortes probabilités qu’elle soit de la chambre de Mr Chaperon, au vu de son coté austère.

 

Je pense avoir fait le tour de mes trouvailles dans les combles.

 

Le colombier rond :

 

Parmi les différents lieux que j’ai fouillés celui qui me laissa un goût de révolte a été le colombier rond. Pourquoi un goût de révolte me direz-vous ? Simplement parce qu’il fut le théâtre de nombreux actes de vandalisme.

 

Un après-midi d’été, alors que de la fumée s’échappait de la fenêtre du colombier, les pompiers ont été surpris de voir en entrant que le plancher du 3ème étage avait brûlé, Des personnes mal intentionnées, sans doute en jouant, avaient mis le feu, et voyant les proportions dramatiques que ça prenait, avaient pris la fuite, laissant derrière elles les flammes lécher les poutres.

 

Cet incendie, heureusement rapidement maîtrisé, a quand même laissé une trace indélébile car sur environ 1,50 m le plancher s’était effondré.

 

Lors du décès de Mme Chaperon, nous l’avons vu, son testament laissait un héritier pour le mobilier du château. Après la vente frauduleuse, le château est resté un long moment sans propriétaire et c’est à ce moment, je suppose, que le colombier rond servit de lieu de transit.

 

Je m’explique : dans un premier temps, les visiteurs désirant emporter avec eux un souvenir du château, se permettaient d’emporter un objet, un morceau de cheminée ou tout autre chose qui pouvait leur faire plaisir. Pour ne pas se faire prendre, ils laissaient leur larcin à l’abri des regards dans le colombier rond, en stockage. Le soir tombé, sans qu’aucun œil ne puisse juger de leur acte, ils récupéraient simplement ce qui était là.

 

Donc longtemps le site fut utilisé comme hangar, jusqu’au jour où l’association « Les amis du château » prit place en ce lieu.

 

La première fois que je suis entré dans le colombier, j’ai eu deux surprises de taille. La première, au rez-de-chaussée, je l’ai déjà évoquée dans l’histoire du château de 1356 à 1976. Le colombier rond a servi de château d’eau jusqu’en 1984 environ, au rez-de-chaussée, sur le mur du fond, une toise graduée reportait la mesure d’eau restant dans la cuve, à l’aide d’une chaîne sur laquelle une magnifique coupelle ciselée nous indiquait les litres d’eau.

 

Je ne savais pas à cette époque à quoi pouvait servir cette chaîne, je me mets en dessous et pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui, je tire. J’entends alors comme une chasse d’eau, et d’un coup une douche froide, car des litres d’eau me sont tombés dessus. Je suis resté un bon moment comme un idiot, la main serrant les maillons métalliques dont la coupelle se balançait joyeusement de gauche à droite.

 

Après cet épisode, je me dis qu’il serait bon de ne plus jamais toucher à ce système.

 

Le jour suivant évitant de retourner sur les lieux du crime, je monte les escaliers sur le côté droit et je vois une porte, en continuant de monter une autre porte, mais celle-ci ouverte. Je rentre et vois le grand trou qu’a provoqué l’incendie, ce qui ne me rassurait pas le moins du monde, car à ce moment-là je ne savais pas du tout que c’était les flammes qui avaient ravagé le bois. J’imaginais que c’était simplement dû aux intempéries et que le bois avait pourri. Chacun de mes mouvements dans cette pièce était au ralenti, on aurait dit un homme sur la lune tellement je craignais le sol.

 

Ici, j’ai trouvé de nombreuses choses : des morceaux de cheminée en marbre rouge, un pied complet, le devant du manteau, un demi-pied de la même cheminée, qui dans mon inconscient était celle de la salle du billard. J’ai aussi trouvé d’autres morceaux de cheminée en pierre, d’un style plus campagnard, avec les pieds bien galbés et tout simples.

 

En y regardant bien, au fond, près du trou, je vois une masse rectangulaire et assez imposante, de couleur claire. Je m’approche, je tire vers moi et constate que le poids de l’objet a sans nul doute été la raison pour laquelle il était encore là. Il s’agissait d’un socle de statue en marbre, d’une taille raisonnable, mais assez lourd quand même, avec juste deux petits tétons en cuivre ou en laiton où devaient être posés les pieds de l’objet qui l’ornait. J’étais fier de moi ce jour-là, mais mes découvertes ne se sont pas arrêtées là.

 

En fouinant un peu, là aussi dans une belle poussière, je tombe sur des châssis de bois vide. En premier lieu, tout laissait penser qu’il s’agissait de cadres pour des tableaux. Mais en regardant mieux, on pouvait voir des résidus de cire sur les montants : c’était en réalité les châssis des ruches à miel. Et vous le croirez ou non, mais en posant le nez dessus, l’odeur était toujours présente, ainsi que mon émotion quand je me disais que c’était malgré les années passées.

 

C’était un témoignage direct que l’activité agricole au château fût intense, car les ruches n’étaient qu’une toute petite partie de ce que le domaine produisait, ou du moins était capable de produire. Aujourd’hui, nous qualifierons ça de bobo faire son propre miel, mais dans des temps pas si reculés, à la campagne, c’était un gain d’argent non négligeable, car le miel était agréable en bouche soit, mais la cire, bien utile dans un domaine d’une telle importance, car des meubles à cirer, il y en avait une quantité plus qu’importante.

 

Il y avait aussi les vaches qui produisaient le lait, bon pour le beurre, les yaourts (bien que la mode de la consommation n’est pas la même aujourd’hui), la crème… Le parc a longtemps servi d’endroit pour semer le grain, Mme louait aux fermiers environnants tant bien qu’en terre, qu’en matériel, car sur place était mis à disposition faneuse et semeuse, ainsi que le nécessaire pour séparer la bale de la paille du blé.

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Published by amartinez - dans mes memoires
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