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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 21:18

Suite de mes mémoires

 

Après avoir quitté Paris, je fus de retour à Issou, mon village, pour me rendre sur les lieux mêmes, afin de me rendre compte de ce que l’ont venait de me raconter. En effet, après être arrivé près de l’orangerie, je me rends compte que pas une haie, une bordure, un plan, ni même une fleur ne laissait penser qu’un jardin à la « française » pouvait avoir été planté ici. Il ne restait aucune trace d’une quelconque plantation ceci expliquait sans doute cela. Les seuls vestiges étaient deux buis montés en petits arbres, de chaque côté d’un socle de statue sur laquelle trônait une représentation de la naissance de Vénus, avec derrière elle, un arceau métallique recouvert de palissage en bois. Un restant de rosier blanc mourant, en manque de taille, était encore accroché.

 

Rien ne laissait présager non plus qu’une fouille stratégique avait été commise en ce terrain, car aux dires de mon interlocuteur, ce sondage avait été fait de nombreuses années en arrière. Je serrais malgré moi le poing dans ma poche, jusqu'à ce que je remarque que la tranche du petit objet rond que je serrais très fort me fasse mal. Rappelé à la réalité par cette légère douleur, j’esquisse un sourire malgré moi en repensant que finalement, la mort de la châtelaine a réussi à de nombreuses personnes. Et pourtant en cette après-midi d’automne du mois d’octobre 1976, peu de monde s’est retrouvé pour accompagner Marie en sa dernière demeure : Monsieur le Maire (Gabriel Lucas), Léone Hamon, Félix Yves Guyon, furent de la partie. Pour les autres, rien n’est moins sûr et pourtant l’argent a su réunir plus de monde, chez Maître Lastenet, pour l’ouverture du testament que nous allons maintenant détailler.

 

Nous savons que Marie Chaperon légua par testament le château d’Issou à une institution scientifique telle Pasteur ou l’institut de France, dans l’intention de créer un lieu de repos pour les chercheurs, ou tout autre institut excepté une institution religieuse. Je vais m’arrêter un instant sur cette clause qui à mon sens m’étonne beaucoup, car pour être franc, Madame Chaperon était ce que l’on peut appeler dévote. Dès qu’elle était à Issou, elle passait ses dimanches à la messe avec son mari. Ils avaient leurs prie-Dieu réservés, elle était très croyante, donc cette phrase sur son testament m’étonne, mais bon pourquoi pas…

 

Puis, nous apprenons que Félix Yves Guyon est légataire universel, ce qui veut dire qu’il jouit des droits sur l’héritage, en tant que filleul de Mme et surtout, en tant que professeur de droit, Mme savait bien qu’il serait apte à gérer toutes ses affaires. Ce qu’il fit d’ailleurs, il garda le haut parc qu’il louera aux chasseurs, histoire de se faire un revenu non négligeable puis il fit vendre tout le mobilier du château lors d’une grande vente aux enchères publique, en ayant bien pris le soin de récupérer, cela va sans dire, tout ce qui pouvait l’intéresser au passage.

 

Une autre clause dans le testament est aussi intéressante, sur le mobilier justement. Mme Chaperon avait fait la demande expresse de bien vouloir respecter le fait qu’elle veuille rendre une partie de son mobilier à un musée, celui de la Malmaison : « sa chambre à coucher, contenant un lit, une coiffeuse, une armoire, venait d’une des chambres de Joséphine de Beauharnais, la harpe, un piano, qui étaient dans le grand salon de réception également, une boîte à pharmacie qui appartenait à la reine Hortense, deux tableaux de Joséphine, dont un par Blanchard et tout ce qui leur plaira d’emporter net de frais et droits ». Après nombreux renseignements, la Malmaison n’en vit pas la couleur, et pire, ils apparaissent sur la liste de vente de 1977.

 

Dans cet acte, Mme Chaperon dit aussi vouloir donner « aux archives départementales (à l’époque à Versailles) tout ce qui a trait à Issou et son histoire », c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, il y a de nombreuses liasses (c’est le terme) concernant Issou qui datent de cette époque.

 

« Aux archives de Montluçon, les lettres et documents manuscrits du Colonel Déprost, l’oncle de la châtelaine, ainsi que tout ce qui les intéresseront de prendre net de frais et de droit », j’ai moi-même une de ces lettres, que je placerai en page annexe.

 

En toute légalité, comme nous avons vu plus haut, juste avant la vente, une réunion d’amis, d’Issoussois se sont retrouvés au château pour faire un partage de souvenirs.

 

Je pense qu’à ce moment-là certaines photos, comme j’évoquais lors de ma visite à Paris, se sont retrouvées dans de bonnes mains comme celle de Mr Sagnol ou d’un de ces amis, qui lui a confié quelques photos personnelles de la châtelaine, et ce heureusement, car jusqu'à très peu de temps nous n’avions pas grand-chose. Mais ça, nous verrons plus tard que le destin une fois de plus a frappé un jour de l’année 2008, ou deux albums intimes réapparurent en mairie. Nous reviendrons plus tard sur ce fait.

 

Un journal des ventes a été imprimé pour faire venir plus de monde à cet événement, et du monde il y en a eu vraiment beaucoup, une bâche a même été tendue sur le parvis du château pour protéger les visiteurs.

 

Dans le journal le château est méconnaissable, les salles sont pleines à craquer de mobilier, des meubles louches sont même présents ; on y voit des fauteuils à oreilles en velours rouge qui ne disent rien à personne, des tableaux apparaître chaque jour un peu plus. Jusqu’à ce que la justice se mêle de cette affaire, et découvre qu’en réalité le château a servi de salle des ventes, faisant passer du mobilier venant d’autres propriétés ou d’antiquaires véreux pour être vendu en tant qu’originaux venant du château d’Issou, ça a duré plusieurs mois quand même.

 

Lors de la vente d’un lot de peintures et de gravures, le commissaire priseur se faisait grand de dire que c’était l’œuvre de Monsieur Chaperon, en vantant les mérites du peintre, et se trouva fortement gêné quand il vit un monsieur s’énerver au fond de la salle, car l’homme en question n’était autre que monsieur Legrand qui avait fait cadeau de ses peintures à la châtelaine. Je vous laisse imaginer la stupeur dans l’assemblée.

 

Une enquête prit court et Maître Bourrelier fut retiré du barreau.

 

Le fait de savoir où Madame Chaperon cacha certains objets n’a pas fait de moi un aventurier, tel Indiana Jones en quête de trésors, perçant le parc de part en part. Je laisse plutôt ce qui est caché, là où ça doit rester, je ne cherche pas la gloire. Et sachant ce qu’il reste, je ne préfère pas risquer ma vie pour quelques reliques, tout en sachant qu’à mon avis aux vues des conditions de stockages, il n’en reste peut-être pas grand-chose. Mais pour être totalement franc, il m’est arrivé à de nombreuses reprises de creuser le sol aux abords du château, et j’en ai trouvé des choses, peut être qu’à vos yeux cela ne vaut rien, mais pour moi, ce sont de réels trésors.

 

Il y a de nombreuses années, dans le village de mon père, j’ai fait connaissance avec une famille de brocanteurs, la famille Besches (j’espère ne pas écorcher leur patronyme, mais je n’en suis pas certain). Par le fait du hasard, je me suis rendu en leur boutique, donnant sur la départementale traversant Juziers vers Meulan, et au fil de mes questions, il m’indique qu’il avait bien connu Marie Chaperon. Imaginez ma tête, j’étais accompagné à cette époque de la mère de mon amie d’enfance, une forte personnalité locale que j’adorais, Madame Mages. Une femme fortement excentrique qui pouvait en une phrase vous mettre dans le plus grand embarras, car elle ne voyait le mal nulle part. En bref, le monsieur en question me raconta qu’à une époque où Madame Chaperon, désireuse de vendre certaines choses, s’était rendue chez lui pour lui proposer du mobilier et des objets divers et variés. Elle l’avait emmené chez elle rue des Saussaies à Paris, puis au château d’Issou. Visiblement ce qu’elle lui proposait ne devait pas peser bien lourd, car il avait quasiment refusé ses propositions, sauf quelques chenets, la voiture de Madame Chaperon. Mais, sa mémoire devenait défaillante et il m’indiqua d’aller voir son fils qui tenait une boutique également vers Bennecourt, ce que je fis le week-end suivant, toujours accompagné de Madame Mages.

 

Son fils, lui, se souvenait aussi de cette période, il n’en gardait aucun objet, mais des livres de comptes, oui, qu’il refusa de me montrer à cause des années passées et parce qu’il lui faudrait du temps pour les retrouver. Il me raconta autre chose de bien plus intéressant pour ma part. Après la vente aux enchères, il avait été demandé au château par Mr Guyon pour débarrasser ce qui pouvait rester sur place. Dans un premier temps, ils stockèrent ce qu’ils purent au grenier puis voyant encore la montagne de choses à déplacer, ils jetèrent par les fenêtres ce qui n’était pas encombrant telles les plaques de verre photographiques. A ces mots je dus changer de couleur, car voilà ce qui m’amenait ici ! Et, je venais d’apprendre que tout avait été jeté. Il m’indiqua une fosse devant le château où tout avait été rassemblé et enfoui.

 

Il faut savoir qu’au château il y avait deux fosses, une à purin face à la laiterie et une autre, que je ne connaissais pas, face au château !

 

Je passais mes journées les pieds dans la terre pour essayer de retrouver ce lieu qui, comme m’avait indiqué l’homme en question, avait été recouvert de terre, donc, invisible si on ne savait pas, tout comme la fosse à purin, d’ailleurs.

 

Je me souviens de la fois où je suis tombé sur des pampilles de lustres et de la mauvaise blague que j’ai faite, à Monsieur Perrault. Je pose cette pampille sur mon doigt et lui montre, telle une bague avec une énorme pierre précieuse. Je vous laisse imaginer sa réaction, j’en souris encore aujourd’hui. J’ai également trouvé une quantité de petits appareils de mesure qui devaient être dans le labo, tous avec des socles en marbres ou en granite, des tubes en laiton ou en cuivre, une lampe à pétrole (enfin, le corps d’une lampe), de nombreuses pampilles, le socle d’une fontaine en cristal de forme octogonale qui devait être la base d’un flambeau où les gouttes ruisselaient dessus et de nombreuses gouttelettes sculptées tout autour, une paire de rideaux doublés de soie jaune au motif floral. La chose que j’ai trouvée et qui m’a le plus donné de l’émotion, une carte postale écrite de la main même de Madame Chaperon qui avait été découpée en plusieurs morceaux et calée sous la pile d’une lampe de poche carrée. Le jour où je l’ai découverte, je n’en revenais pas moi-même.

 

Je me suis empressé de rentrer chez moi pour la plastifier avec les moyens du bord. Il est vrai que la rouille avait déjà beaucoup attaqué le carton, mais on reconnaissait Moulins et surtout l’écriture de Madame Chaperon. Comment après tant d’années elle a pu se retrouver là et garder un état pas si mauvais que ça, je n’en sais vraiment rien !

 

Le jour où j’ai trouvé les rideaux, j’étais vraiment heureux, car, pour le coup, c’était réellement un témoignage bien concret de la décoration intérieure. J’ai trouvé cette relique juste sous le hangar à l’extrémité de la laiterie bien pliée sous la paille. Il est possible que quelqu’un ait dû le cacher ici en attendant de revenir le chercher, mais il ou elle a dû sans nul doute l’oublier, ce qui bien sûr fit ma joie. Après inspection du motif floral sur fond jaune et doublé de soie, je fis part de ma trouvaille à Paulette De Rores qui a longtemps travaillé pour Mme Chaperon. Elle m’a bien confirmé qu’il s’agissait bien d’un rideau de la châtelaine, mais qu’il ne venait pas du château proprement dit, mais de l’appartement des Sylvestre et probablement de leur chambre à coucher. Alors, j’ai décidé de me pencher un peu plus sur cette partie du château, à laquelle, j’avoue ne pas m’être intéressé beaucoup, à cause, premièrement, de l’état plutôt vétuste du lieu, et du peu d’intérêt que je portais, à ce moment, à ce bâtiment. Ce qui allait, bien sûr, beaucoup changer.

 

L’orangerie :

 

Quand j’étais petit, je me posais beaucoup de questions sur ce bâtiment, mon attrait pour le château remonte assez loin. Pour une raison qui m’était étrangère, j’inversais complètement l’ordre des lieux. Le hangar, à mon idée, était à l’extrémité de l’orangerie soit, mais je le plaçais à l’entrée de l’orangerie, pas du tout où il est réellement, mais à l’opposé total. Et, l’orangerie était derrière le colombier rond. Quand j’étais petit, une porte donnait sur la rue du Cocriamont, derrière le château, au niveau de la métairie, une grande porte cochère en bois sous un appentis, une sorte de toiture en tuiles plates (aujourd’hui totalement disparu). Pour moi donc, avec mes idées d’enfant, c’était l’orangerie.

 

Que nenni, il s’agissait en réalité de la porte donnant sur les clapiers à lapins derrière le colombier rond où se trouvait un petit potager, rien à voir avec l’orangerie bien évidemment. A une autre époque, c’était le chenil pour les chiens de chasse, le sol, recouvert de briquettes rouges, le tout adossé au mur du parc. On y accédait soit par l’escalier le long du colombier rond, soit par cette fameuse porte.

 

J’aimais beaucoup passer par cette rue qui est juste derrière le château. Quand j’étais enfant beaucoup d’histoires de trésors circulaient, car d’un côté il y avait le château et de l’autre le haut parc, et son fameux cimetière des chiens où l’ont disait que Mme Chaperon les enterrait avec leur collier en or. On peut donc imaginer sans grande peine l’effet de tels récits sur un enfant un peu imaginatif tel que je pouvais l’être. C’est donc gonflé et fort de nombreuses légendes urbaines que je me rendais souvent au château d’Issou, espérant trouver un jour le pot aux roses et je me souviens d’une histoire dont je ne suis pas fièr mais que je vais quand même raconter ici. Je me rendais cet après-midi-là, au château avec mon ami Yann. Nous étions fous d’aventure tous les deux. Je me souviens que nous regardions les mascarons de la façade du château et nous cherchions alors une clé, un indice, quoi que ce soit qui pourrait nous conduire sur la trace des fameuses caves du domaine. Nous remarquions alors que les regards des 3 premiers mascarons étaient portés en direction de l’orangerie. Il ne nous en fallait pas plus pour en déduire qu’un indice devait se cacher dans l’appartement. Forts de cet improbable indice, nous nous sommes tout naturellement dirigés dans le salon semi-octogonal, et là, rien… des murs blancs ornés de staffs, un reste de cheminée et sur le dessus un miroir. Avec tout l’aplomb de ma jeunesse (je devais avoir 10 ans), je lui dis que c’était forcement derrière le miroir, et, ni une, ni deux, je jette une grosse pierre dessus. Un grand bruit sourd et rien… pas un éclat, pas une fissure. Un peu énervé, je réitère mon geste, et là comme un éclair argenté, un bruit sourd de nouveau, suivi d’un fracas comme une casserole qui tombe, le miroir brisé tombe sur le sol. Juste derrière, j’aperçois un morceau de papier jauni par le temps, je sens mon cœur qui bat de plus en plus fort à mesure que mes doigts. Lorsque je saisis le bout de papier, j’aperçois des mots inscrits dessus, mais rapidement l’excitation laisse place à la déception ; ce papier n’était qu’un morceau de journal plié en quatre pour maintenir le miroir en place. J’étais dépité d’une part pour ne pas avoir trouvé ce que je cherchais et surtout d’avoir à mon tour participé au vandalisme d’une partie du château. À compter de ce jour, je me suis promis de faire tout ce que je pouvais pour lutter contre les fausses rumeurs et toute personne qui pouvait saccager le château. C’est ainsi qu’est née ma passion pour ce site exceptionnel.

 

Je suis retourné de nombreuses fois dans l’appartement de l’orangerie, jusqu’au jour où, pris d’une envie effrénée de mettre mon nez partout, je remarque un petit placard sous les escaliers qui mènent à l’étage. La porte force beaucoup, elle était en bois et les fuites dues au trou béant qui était juste au-dessus avait sans nul doute gonflé le bois, rendant quasiment impossible de l’ouvrir. Avec de la patience tout est possible, j’arrive enfin à l’ouvrir et me glisse, lampe en mains, à l’intérieur en me disant "Que peut bien cacher un placard à balais ?". Je dois avouer que le lieu était fort petit et étroit, mais au bout de quelques instants je ressors, ravi de ce que je tenais en mains.

 

Alors que j’étais dans ce minuscule placard, je vis tout au fond, roulé en boule une sorte de masse marron toute poilue. Aux premiers abords, ça ressemblait à un animal mort en boule. Je ne vous raconte pas la frayeur ! Puis, en regardant mieux, je tapote du bout de ma lampe le corps inerte et je ne sens aucune résistance, ni raideur. Prenant mon courage à deux mains , je saisis cette chose qui avouons le, me dégoûtais un peu. Quand j’eus pris la chose, je fus frappé par la douceur du poil que je tenais en mains et surtout une sorte de chaleur. A ce moment-là, l’objet se déroula et se détacha en deux. J’entendis un petit boum, visiblement il y avait quelque chose dedans qui venait de tomber sur le sol.

 

J’attrape le lot, et à la lumière du jour, je constate que ce que je prenais pour une belette crevée n’était autre que deux faux cols de fourrure soyeuse, qui étaient fortement prisés dans les années 40.

 

Je ne sais absolument pas de quand datent ces cols, ni même s’ils ont appartenus à Marie, mais après tout pourquoi pas. Les deux autres objets qui étaient roulés dans cette fourrure étaient deux poudriers, un en porcelaine, l’autre en une matière que je ne connais pas, mais un magnifique phœnix doré était gravé dessus. Je retourne dans le placard et vois tout au fond une autre boîte que je ramène, une boîte de poudre « nuit de Paris » pleine.

 

Je remarque que la fourrure est très fragile, elle perd ses poils, alors je la place dans un sac en plastique et je rentre chez moi.

 

C’est quelques jours plus tard, alors que je me rends à la bibliothèque, comme très souvent le mercredi après-midi, pour discuter avec Paulette du château, bien évidemment, que je lui montre ma boite de poudre. Juste à côté d’elle se trouve Maxima Baudran qui elle-même a bien connu la châtelaine. Elle regarde ouvre la boîte, regarde la poudre, et sent le contenu. Elle échange un regard avec Paulette et lui tend la boîte à sentir à son tour. Toutes les deux se mettent à rire et m’expliquent pourquoi, quand la châtelaine était à Issou, elle passait son temps, soit dans le salon de Mr, soit dans sa chambre où elle recevait, ou encore dans son boudoir. Lorsque quelqu’un venait, elle descendait et avait un rituel. Elle prenait son poudrier qui était souvent posé sur le manteau de la cheminée de Mr et s’en passait sur le visage. Bien souvent elle en mettait toujours un peu trop d’un côté et elle ne s’en rendait pas forcément toujours compte. Voilà l’éclat de rire de Paulette et Maxima qui se souvenaient comment Madame Chaperon recevait avec un œil poché de blanc. Ce qui fit beaucoup rire Mr Sagnol également, je fus donc assuré sur un point la poudre était bel et bien celle de Marie.

 

Après avoir scruté le 1er étage de l’orangerie, je me suis attaqué à l’étage supérieur, là où Maria, la domestique des Sylvestre, était logée. Au fond de ce qui devait être le salon, il y avait une sorte de placard, complètement recouvert de papier peint bleu ciel. Au fond d’un bazar impressionnant, je suis tombé sur le montant en bois d’un pot de fleurs avec une grosse boule sur le dessus. Ce qui moi m’a assez impressionné dans cet étage, c’est la déco, complètement 1970, très étrange. Voilà ce que je peux dire sur l’appartement de l’orangerie.

 

Juste en dessous se trouve l’orangerie proprement dite. La première fois que je suis entré à l’intérieur, je fus surpris de voir une voiture au fond de la pièce, une petite voiture orange 70 comme une voiture sans permis d’aujourd’hui. Je ne saurais dire la marque n’ayant jamais été très intéressé par ce type de véhicule. Ce que je sais par contre, c’est qu’elle appartenait à Christine Pape, la petite fille de Monsieur Contremoulin, régisseur au château et garde champêtre de la commune. Elle avait été logée dans l’ancienne maison qu’avait occupée son grand-père, d’approximativement 1983 à 2000, quelque chose comme ça, en tant que petite-fille de l’homme qui avait occupé la fin de sa vie à servir au château. Elle avait forcément vu et connu de nombreuses choses, mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

 

Donc, cette voiture hors service était stockée comme ça, dans l’orangerie, et pourtant elle avait beaucoup servi, car Virginie, la fille de Christine et Renald Stevenin, et son cousin (leurs mères respectives étaient de la famille Contremoulin) prirent souvent ce véhicule, pour s’amuser à faire le tour du parc.

 

Un jour cette voiture tomba en panne et fut mise aux rebus, là.

 

Dans cette partie du château, j’ai trouvé de nombreux dessins à la mine de plomb sur les murs, les côtes de constructions des écoulements d’eaux. C’est grâce à ces derniers que les regards d’évacuation ont été relocalisés. A gauche de l’entrée on pouvait voir, il n’y a pas si longtemps que ça, un des orangers dessiné sur le mur. Les fenêtres de l’orangerie sont ogivales et la partie cintrée est indépendante du châssis principal. Grâce à un système d’engrenages et de tubes tournant, il était possible d'ouvrir seulement la partie cintrée à l’aide d’une clé amovible, qu’un jour en fouinant, je retrouvais cachée dans la pelouse, à l’extérieur.

 

Dans ce qui reste du jardin, j’ai eu une surprise assez étonnante. J’écartais l’herbe avec un bâton, car les serpents peuvent être nombreux l’été, lorsqu’il frappa sur un objet métallique qui sonna comme une cloche. Interloqué, je regarde de plus près et je vois à demi enterrée une vasque en fonte, toute rouillée, de type Médicis, avec une tête de lion. Quelle ne fut pas ma surprise quand, après avoir déterré l’objet, je me rends compte qu’il n’en était rien, mais simplement le dégueuloir de la gouttière qui s’était détachée du mur, avec, juste à côté, le fanion de la pointe du toit de la tourelle de l’orangerie.

 

Le long des murs, sous les fenêtres, il y avait une quantité de pots de fleurs en terre cuite qui avaient été entreposés là. Un jour en voulant les prendre, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’entre deux pots, un serpent avait élu domicile. Depuis ce jour, je n’en ai plus jamais ramassé.

 

Voilà à quelques choses près mes petites trouvailles du côté de l’orangerie.

 

Les écuries :

 

Juste après l’orangerie, en remontant vers l’entrée se trouvent les écuries. La première fois que j’y suis allé, il y avait au-dessus des 3 stalles le nom des chevaux sur une plaque émaillée : Carmen, Flora et, hélas, le 3e me manquent. Du jour au lendemain ces noms ont été dérobés et ont disparu. Étant donné que dans cette pièce, il n’y a ni placard ni possibilité de cache quelconque, je n’y ai donc jamais rien trouvé, mis à part quelques écrits sur le côté des fenêtres, mais, hélas, le temps a écaillé la peinture avant que je puisse relever le récit.

 

En sortant des écuries, le mur juste en face, sous le passage, est lui aussi écrit, ou du moins il y a un dessin d’une voûte avec en guise de clé, une coquille Saint Jaques. Il me semble que cet élégant dessin nous vient de Mr Legrand, mais sans aucune certitude.

 

Le logement du régisseur :

 

Cette petite maison douillette a été occupée par, successivement, Mr Contremoulin, Christine Pape, et Pascal Girardi. Lorsque Christine arrive sur les lieux avec son mari, les travaux à faire sont quand même assez importants. Une partie de la toiture est à refaire, l’aménagement également et les sanitaires. C’est surtout sur le dernier point que les choses sont plus délicates, car impossible de savoir où sont les conduits existants. Alors, pour s’éviter de nombreux frais dans des travaux, qui au final ne devaient pas s’imputer à la famille Pape et que le maire de l’époque était, sans nul doute, pas regardant vis-à-vis de ces locataires, l’évacuation des eaux usées se faisait tout simplement, et le plus naturellement possible, par un tuyau débouchant droit dans le parc.

 

Mr Pape fit une véranda et pour ce faire fit surélever, par un grand monticule de terre, la partie en continuité du passage, qui menait derrière l’orangerie. C’est à cette occasion que ce fameux tuyau a été mis en place. Ce n’était pas très agréable, tant bien pour l’odeur, que pour l’aspect, je vous laisse imaginer un sous-bois constellé de morceaux de papier toilette en décomposition.

 

Il se trouve qu’un de mes cousins germains a épousé une cousine de la famille Contremoulin, ce qui fait de Virginie et moi un peu des cousins lointains. Ma tante paternelle est veuve d’un membre de la famille Contremoulin, et pour finir un autre cousin germain a épousé une fille cousine germaine également, mais cette fois-ci de la famille Mayer, alors jardinier du château. Peut-être que toutes ces alliances, inconsciemment, ont aussi fait naître en moi des attraits pour le bâtiment.

 

Quand je suis rentré pour la première fois dans cette maison, elle était habitée par Virginie et Christine sa maman. Elles m’ont très bien reçu. Le mobilier était simple, mais élégant. La particularité de la porte d’entrée me plus directement, car c’était une porte à double battant, le haut indépendant du bas, peut-être la porte d’origine.

 

A l’intérieur au-dessus de la porte un très beau drapé écru soulignait d’une teinte claire l’ambiance du salon.

 

Sur le mur d’en face la cheminée et au-dessus d’elle, une niche qui abritait autrefois la statue de Sainte Anne, patronne de la chapelle qui était derrière le château et sauvée par l’ancien régisseur (cette histoire sera racontée plus loin dans mes récits). Le salon, de taille modeste, mais très confortable, donnait à droite sur la cuisine et à gauche sur une chambre meublée en style Empire, avec entre autres un très beau cabinet de toilette en bois d’acajou avec des cygnes sculptés, un dessus de marbre blanc et 3 chaises assorties, que je pense du château.

 

J’ai eu longuement l’occasion de parler de Marie avec Christine, et surtout des biens qu’elle a réussi à sauver lors de la vente de 1977, comme des serviettes de table du trousseau de mariage de 1902. Ces serviettes sont vraiment très grandes, damassées blanc avec les initiales CT en plumetis entrelacés (T comme Thonier et C comme Chaperon). Ce qui moi m’a le plus touché, ce sont deux très gros livres de cuisine avec des recettes écrites de la main même de madame Chaperon. Avant de déménager de ce logement, Christine m’a vendu les serviettes de table. Il y en avait deux, j’en ai conservé une et offert l’autre à Nadège Masurier, que je pensais être une amie à l’époque. Mais la vie nous a séparés pour des raisons plus que puériles et parfois même peut-être malheureusement plus claires, par intérêt historique.

 

La laiterie :

 

Au niveau de la laiterie, juste sous le hangar, se trouve une cuve, et sous cette cuve il y a un petit recoin où beaucoup de choses ont été jetées. Certaines personnes se moquaient de moi lorsque j’allais fouiller là-bas, car ils pensaient que c’était simplement des poubelles qui avaient été entreposées là. Nadège, la fameuse, en faisait partie, jusqu’au jour où je lui demande de venir avec moi. Bien mal m’en a pris, hélas, car à peine arrivée elle découvre la fameuse cuve et rigole en me disant qu’il y avait vraiment peu de chance qu’on trouve quoi que ce soit ayant réellement appartenu au château. Mais devant mon insistance, elle se met à fouiller quand même et voilà qu’après 5 minutes à peine, elle découvre un médaillon de métal aux armes des De Jean. Forcément, là, plus aucun doute sur la provenance des objets entassés sous cette cuve. Je ne vous raconte pas ma tête quand elle a sorti cette pièce… Mais j’étais quand même content pour elle.

 

C’est justement sous cette cuve que j’ai trouvé la carte postale de Marie adressée à Mr Contremoulin. J’ai aussi trouvé des dizaines de petites fioles, un petit récipient bleu pour nettoyer les yeux. Ça se présente comme un petit coquetier en verre avec le dessus en forme d’œil, un étrange coquetier en verre avec 4 pieds sculptés. On le remplissait de liquide et on le retournait, collé sur l’œil que l’ont devait garder ouvert.

 

C’est aussi dans les environs, que dès 1999, après la fameuse tempête qui dévasta les forêts françaises, mais qui épargna plus ou moins bien le parc que j’ai également découvert de nombreux fragments de plats de service en faïences de Sarreguemines bleu et blanc. J’ai fait un très joli puzzle avec les morceaux, et au final j’ai réussi à le compléter à une pièce prés que Nadège a récupérée et ne m’a jamais rendue.

 

C’est ici aussi que j’ai trouvé la base de la fontaine, j’en ai donc déduit que la fameuse deuxième fosse devait sans doute ne pas être très loin. Mais mes fouilles ne passant pas inaperçues, elles ont déclenché la colère des cantonniers qui eux-mêmes l’avaient comblée après le grand nettoyage de 1987.

 

J’arrêtai donc de creuser.

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Published by amartinez - dans mes memoires
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commentaires

Raphael D 13/11/2010 22:40


La suite !!!!!!!!!!!!!!!!
Je n'ai jamais vu ce chateau qu'à travers tes photos et je me prends au jeu : la suite !!!


amartinez 14/11/2010 16:05



héhéhéhé oui oui la suite arrive de suite c le cas de le dire attend bientot t'en aura mar de voir et d'entendre parler du chateau j'arrive bientot avec des images loooool pour le moment c mes
memoires personnelles en suite la continuite historique 1976-2010 et des dizaines de photos a venir héhéhéhé bon courrage mdr :-) et grand merci pour les commentaire j'en suis friand


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