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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 20:49

Quelle ne fut pas ma surprise de voir juste derrière moi Patrick Perrault, les bras croisés, me regardant d’un air outré, se demandant ce que je pouvais bien bricoler avec cette barre à mine.

 

Je vous passe les sermons auxquels j’ai eu droit, et d’un coup il me semblait que l’action que j’étais en train de commettre était en réalité bien stupide. Alors, dans un mélange de honte et de culpabilité, je fondis en larmes, sans jamais dénoncer la compagnie de Nadège dans ce triste coup fourré, j’ai tout assumé seul.

 

Voyant l’état dans lequel je m’étais mis, Patrick se ressaisit et baissa d’un ton. Je dois avouer que parmi les membres de cette association, Patrick est l’un des seuls avec qui je me suis toujours très bien entendu et que ce jour-ci a été le seul où des mots durs ont été prononcés.

 

Le fait est que personne ne m’a tenu rigueur de cette petite incartade et Nadège elle-même m’a remercié de ne pas l’avoir mise en cause dans ceci.

 

Donc, pour répondre à certaines questions, l’endroit où j’ai creusé ne constituait nullement l’entrée de la fameuse cave…

 

Désirant couvrir une zone plus importante au niveau de mes recherches, je me dis qu’il serait bon d’accéder aux étages supérieurs. D’un pas hésitant, je me dirige donc vers l’escalier du dernier étage. Après avoir passé le labo photo, l’atelier peinture, je vois au fond du couloir, une petite pièce, le labo de chimie. Poussant la petite porte de bois qui s’ouvre dans un grincement semblable à une plainte ou des pleurs d’enfants, je reste sur le seuil de l’entrée stupéfait.

 

L’état du labo faisait peine à voir, le plafond n’existait plus, les solives apparentes comme le squelette d’un navire jamais fini me faisaient face. Dans l’angle droit, le plancher ne tenait que par miracle, car les années d’intempéries avaient eu raison du bois. Tout dans cette pièce laissait penser qu’une bombe avait explosé et que son souffle avait pulvérisé l’ensemble.

 

Une estrade était toujours en place. Celle qui servit pour observer les étoiles, n’était aujourd’hui que le témoin que de sa propre décrépitude. Je ne me risque pas d’aller plus loin dans cet endroit, je me dis que le moindre objet trouvé ici ne vaut finalement pas la peine de prendre de tels risques. Je poursuis donc mon chemin laissant derrière moi le labo et juste en face, un peu en décalé, je prends un tout petit escalier de quatre marches menant à un dénivelé, qui lui-même débouche sur une enfilade de quelques pièces, là où autrefois le linge était traité. Juste après avoir grimpé ces fameuses marches, je me retrouve devant une toute petite porte sur ma droite, la destination que je recherchais justement : les combles…

 

Les combles (de bonheur…, pas sûr) :

 

Voilà où finissent certains objets qui n’ont pas été vendus ou bien qui avaient été stockés après le nettoyage. Je remarque en premier que cet endroit constitue également les charpentes de la tourelle est. Les poutres de bois apparentes sont vraiment majestueuses, quel travail de précision, la ferme ne doit pas dater d’hier ! Tout est chevillé, mortaise à l’ancienne, en regardant en l’air, je vois le lattis servant à maintenir les ardoises en place. Hélas, depuis 1987, les ardoises ont laissé place à un shingle (fausse ardoise en goudron), mais ceci permit de sauver l’ensemble de la toiture, la mettant hors d’eau. Regardant le sol, je remarque qu’il est fait en simple plâtre. Par endroits le plâtre a même disparu, laissant voir la pièce du dessous, avec simplement là aussi, un lattis généralement fait en bois de noyer, me faisant penser à des arêtes de poissons échoués sur une plage de sable blanc.

 

Forcément, voyant ce spectacle, ça me fait hésiter un instant. Que faire ? Avancer coûte que coûte, quitte à traverser le plancher, ou bien laisser tomber. Choix cornélien !

 

Prenant mon courage à deux mains, j’avance à tâtons. Je me dirige vers la gauche, passant sur la sablière de la charpente, escaladant les bastaings, me contorsionnant, pour arriver devant une espèce de petite porte, encore plus petite que celle qui m’avait amené ici. J’avais l’impression d’être Alice au pays des merveilles, c’est Lewis Carol qui aurait été content, car je faisais là une drôle d’Alice. (rires)

 

J’ouvre la porte et je suis saisi par un énorme courant d’air froid, et un paysage qui paraissait s’étendre à l’infini. Sans le savoir, je venais de franchir la porte qui donnait sur le toit à l’extérieur du château et la vue était tout simplement à couper le souffle. De là, je pouvais voir au-delà de la Seine, toute la vallée de la Mauldre à mes pieds. Les arbres du parc donnaient l’impression d’un champ de brocolis vu d’ici, aujourd’hui encore j’en suis étonné.

 

Je me dis avec le recul que j’ai eu beaucoup de chance de ne pas avoir perdu la vie avec cette histoire, car j’aurais pu à n’importe quel moment passer à travers et faire une chute de plusieurs mètres. Le fait est que je suis toujours là et que tout va pour le mieux.

 

Après avoir contemplé, des heures durant, le paysage et vu que la nuit tombe, je me décide à faire demi-tour et là, ô rage ! Ô désespoir !, pas de lampe sur moi, et le soleil tombant ne donne pas assez de lumière pour emprunter le même chemin en toute sûreté.

 

Mais il me fallait rentrer chez moi quand même. Déjà que le fait de me rendre quotidiennement dans ce château, et pour dire quasiment toujours tout seul, ne rassurait pas ma mère, si en plus si je ne rentrais pas de la nuit, je vous laisse imaginer le stress.

 

Me voilà face à une grande pièce noire, tel un trou ne demandant qu’à m’aspirer, car le moindre faux pas m’envoie, à coup sûr, valser à travers au moins un étage. Je reste donc debout dos à la porte, essayant de me souvenir quel a été le passage le plus sûr qui m’a amené sans encombre jusqu’ici. Le problème c’est surtout que j’ai été obligé de grimper sur les poutres de la charpente. Nous étions en 1996, et bien sûr, même si ce n’est pas si loin que ça, les portables n’étaient pas comme aujourd’hui, un outil que même un enfant de 5 ans trouve indispensable, mais j’avoue qu’il m’aurait été bien utile.

 

Rassemblant le courage qui me manquait, je fais un pas en avant et me dis que, finalement, l’endroit n’est pas si sombre qu’il en avait l’air quelques instants plus tôt. En réalité, mes yeux s’étaient habitués à l’obscurité et au bout des 5 minutes de réflexions qui m’avaient fait hésiter, je voyais clair. Je pus sortir sans encombre, me promettant que si je devais retourner dans les combles ce serait en pleine journée.

 

Ce que je ne savais pas, c’est que j’allais en effet y retourner, et plus vite que prévu. Malgré le fait qu’à ce moment-là, il fera grand jour, cela n’empêchera pas la mésaventure qui m’est arrivée.

 

Je crois que ce jour restera gravé à jamais dans ma tête. Nous devions être en mai ou en juin. Bien des années après ma découverte du paysage Issoussois, avec mon grand ami de collège Julien Riva, habitants de Porcheville, nous passions beaucoup de nos mercredis après-midi au château ou bien dans le parc. Ce jour là, donc, j’avais envie de retourner dans les combles avec lui, quand il vit l’endroit, qui de plus avait encore plus souffert du temps, il eut la bonne idée de ne pas vouloir me suivre. Qu’à cela ne tienne, j’irai seul, ce n’est pas grave. Je me dirige vers la droite, pour changer, car pour se rendre vers les toitures c’est vers la gauche. Arrivé sous la pente de la tourelle, je vois un petit objet brillant, je m’accroupis, tends la main, et ramasse le petit morceau de verre qui était sur le sol, tout recouvert d’une sorte de goudron. Je l’approche de mon nez et je me rends compte qu’en fait ce n’est pas du goudron, mais du grésil, désinfectant longtemps utilisé dans les fermes ou les écuries. Je gratte un peu et je regarde à travers. Je fus fort surpris de me retrouver face à une fenêtre, qui ne m’était pas inconnue. Mon sang ne fit qu’un tour et je me mis à chercher frénétiquement tout autour de moi. Le problème c’est que j’étais entouré de morceaux de verre qui provenaient de vitres, de fenêtre... pas forcément de négatif sur plaque de verre, et tout était recouvert de poussière donnant au moindre bout un aspect opaque ce qui ne m’aidait pas dans mes recherches. J’avais le bout des doigts qui me faisait mal tellement j’étais excité par ma trouvaille, et chaque fois que je frottais le sol, recouvert de poussière mêlée de tout un tas de petites choses pointues ou coupantes, ça ne manquait pas de m’écorcher un peu plus le bout des doigts.

 

Resté derrière la porte, Julien me regardait en rigolant. Je pouvais sans doute être comparé à une truie qui cherche des truffes (je suis sur que cette métaphore va beaucoup faire rire certains lecteurs (rires)), mais ça nous en reparlerons plus tard.

 

A suivre…

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Published by amartinez - dans mes memoires
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